Mons 2015. Non à l’instrumentalisation des artistes montois e

posté le 06/11/2009 à 11h07 - Signaler un abus

Mons 2015. Non à l’instrumentalisation des artistes montois et hennuyers

Je m’exprime ici à titre tout à fait personnel pour faire état d’une situation que je ne peux passer sous silence, le risque étant de cautionner un système injuste et illégitime pour tous les créateurs de la région, toutes disciplines confondues.

Je m’appelle Hugues Chamart, je suis montois, metteur en scène et le premier à souffrir de cette injustice. Mais si je devais en être le seul ou faire partie d’une minorité (« les artistes maudits » comme on dit), je ne prendrais certainement pas la parole au travers de cette lettre ouverte. Mon intervention ne trouve ici son véritable sens que dans la mesure où elle évoque les difficultés de la plupart des créateurs de la région (pour ne pas dire pratiquement tous). Je le sais pour en avoir parlé avec mes collègues du milieu de la scène (qui partage tous le même avis sur la question), mais pas seulement. De nombreuses discussions avec d’autres artistes exerçant les autres disciplines ont souvent, et sans aucune équivoque, confirmé les mêmes impressions.

Je veux « dire » parce que le silence m’est trop insupportable. Je veux « dire » pour rétablir une vérité. Je veux « dire » pour « contredire » certains propos tenus. Je veux « dire » à l’aube de mars 2010 (dernière échéance pour la candidature de Mons comme Capitale européenne de la Culture en 2015) pour que l’on sache tous précisément à quoi nous nous engageons, dans l’état actuel du projet imaginé par la fondation en charge du dossier.

Nous savons tous aujourd’hui que pour pouvoir prétendre au titre de Capitale européenne de la Culture en 2015, Mons se doit d’être soutenu par sa population et par le milieu artistique et culturel, local et régional. Une sorte « d’engouement populaire », pourrions-nous dire, est donc requis pour que la candidature puisse être retenue par les membres du jury européen. La fondation Mons 2015 n’a certes pas ménagé ses efforts pour mettre en place un simulacre d’engouement (réquisition des écoles, d’ambassadeurs, distribution de ballons, t-shirts, etc.), mais il s’agissait bel et bien d’un simulacre, et rien d’autre.

Et effectivement si, à ce stade, ce jury européen devait me poser cette question : « Est-ce que Mons 2015 est un projet soutenu moralement par les artistes créateurs de la région ? », je répondrais « non ». S’il devait me demander : « Est-ce que Mons 2015 est un projet porteur pour les artistes créateurs de la région ? », je répondrais aussi « non ». Si la question était : « Est-ce que Mons 2015 pourrait apporter un nouveau souffle au développement économique de la région ? », je répondrais : « très certainement ».

Alors, nous en sommes là. A un projet aujourd’hui plus économique et politique que culturel. A un projet qui fait fi de ses potentialités en terme de développement et d’affirmation artistique d’une région. Loin de moi l’idée de critiquer ses visées économiques ou politiques mais je ne peux admettre que les artistes créateurs régionaux soient pris en otage dans cette candidature alors que rien n’est fait, rien n’est mis en place pour envisager ne fut-ce qu’un début de collaboration un tant soit peu sérieuse. Il suffirait pour en avoir le cœur net d’analyser les contacts déjà pris à ce jour dans le cadre des projets artistiques pour 2015. On nous citait l’autre jour, à titre d’exemple, lors d’une opération communication, et pour illustrer leur volonté de collaborer avec le milieu associatif artistique, un projet avec le musée de la photographie à Charleroi. J’ai cru mal entendre et pourtant … Il suffit également de consulter les formulaires de dépôt de projet en vue de 2015 pour s’apercevoir que tout a été savamment orchestré pour empêcher toute initiative artistique non-institutionnalisée.

Nous en sommes donc là. Un projet ficelé et cadenassé de manière très professionnel par un Manège omnipotent. Avec une programmation qui sera faite d’autant de noms connus et prestigieux (à la « Calatrava »), sans aucune place pour les acteurs du cru (et sans aucun espoir de développement), si ce n’est de manière très homéopathique, juste ce qu’il faut pour étouffer toutes critiques à ce sujet.

Pensez-vous réellement que les artistes de la région, méprisés jusqu’à ce jour, se contenteront de « porter un flambeau » aux Feux de la Saint-Jean comme pour se porter garant de l’honnêteté citoyenne du projet Mons 2015 ?

Mons 2015 est donc un projet de « façade », une sorte de trompe-l’œil qui cache la pauvreté de ses objectifs culturels pour la région. Un projet fait pour briller, pour faire bonne presse, sans concertation et sans ancrage régional. Sans espoir pour ses artistes créateurs devenus orphelins.

Mes détracteurs diront que des hommes, des structures, des projets viennent d’être mis en place pour répondre à ce besoin (cette nécessité, devrais-je dire) de rétablir le dialogue avec le milieu artistique régional. Mais nous savons tous (ceux qui sont sur le terrain le savent) que ces hommes et ces structures, aussi honnêtes soient-ils, ne sont que des alibis, des « personnes écrans » (à l’instar des « sociétés écrans ») pour permettre à la structure Manège de mieux poursuivre son projet « monstrueux » d’industrie culturelle ; cette sorte de mastodonte qui écrase tout sur son passage, à commencer par les démarches en devenir qui n’y trouveront certainement jamais aucune place, quand cette structure recherche le succès garanti et immédiat, bien loin de préoccupations telles que la recherche, la prise de risque et l’encouragement d’un vivier artistique local et régional. Et ce, alors même que Mons est en mesure de devenir une véritable pépinière de talents locaux.

Mon rôle n’est certainement pas de lister une série d’exemples pour étayer mon propos. Chacun comprendra, j’en suis sûr, à quoi mes critiques font allusion. J’en partage tout de même un avec vous, parce qu’il relève de mon domaine et qu’il révèle sans aucune ambiguïté les ambitions et la politique culturelle du Manège.

Depuis quelques années s’est développé à Mons le « Festival de Théâtre en rue », événement qui s’est développé autour d’un autre moment phare plus ancien appelé « Mons Passé Présent ». Pour rappel, il s’agit d’un projet de théâtre en rue qui évoque notre très chère ville de Mons en croquant tendrement son histoire, son passé, son présent, qu’ils soient politique, social ou économique. Six saynètes dans le cœur historique de Mons, six créations originales commandées à six compagnies théâtrales professionnelles. Cela ne représente pas moins de 42 comédiens de la région (au minimum), 6 metteurs en scène, 6 auteurs et un public toujours plus nombreux et fidèle au rendez-vous. A cet événement, qui fêtera ses 40 ans en 2015, s’est greffée une scène ouverte aux troupes amateurs de la région (ou plutôt deux, pour être plus exacte), une scène jeune public fraîchement pensée et proposée par la Smart Be, et un « grand » spectacle pris en charge, lui, par le Manège. Voilà un véritable événement qui rassemble dans une totale bonne humeur, empreinte de générosité et faisant état d’un authentique foisonnement, tout le milieu artistique d’une région. Quel plus bel exemple pouvons-nous trouver en terme de dynamisme régional (et le mot « régional » ne sous-entend en aucun cas « moins ambitieux » ou moins « exigeant ») ? Comment le Manège profite-t-il de ce rassemblement remarquable de talents locaux ? Il prend en charge le « grand » spectacle, comme il l’appelle (à croire que le reste, c’est de la bibine), c’est-à-dire qu’il nous programme une compagnie venant de très loin, qui coûte très cher et qui nous parlera de tout sauf de notre région ou des préoccupations des gens de chez nous. Et à côté de cela, apporte-t-il leur soutien à ceux qui ne coûtent pas cher, qui viennent d’ici et qui parlent de leur région ? RIEN. Pas un franc, pas un centime, pas une aide, aussi petite soit-elle (je dois tout de même dire, par honnêteté intellectuelle, que nous avons pu répéter dans leurs locaux, ce qui, une fois de plus, était le minimum syndical compte tenu du fait qu’en début de saison, leurs salles sont très souvent inoccupées). Voilà où se situent les priorités du Manège. Strass et paillettes. De la culture pour épater, de la culture de salon, et non de la culture de terrain.

Cet exemple est symptomatique de l’attitude du Manège et ne ferait que confirmer tous les autres (mais il serait trop long et trop fastidieux d’en dresser ici une liste). Cela n’augure rien de bon pour 2015 et il serait vraiment très naïf de notre part de penser que la ligne de conduite pourrait changer d’ici 2015.

Alors que faisons-nous de ce projet proposé par notre bourgmestre ? Sommes-nous favorable à ce projet ? Je pense que pour beaucoup la réponse est « oui », mais certainement pas dans les conditions actuelles. Et je l’affirme très clairement ici : « Dans l’état actuel du projet, je ne suis pas favorable au projet Mons 2015 parce qu’il nie sa propre identité culturelle et artistique pour ne faire place qu’à une culture bien séante, une sorte de dinosaure culturelle parachuté dans une région trop peu concernée ».

Mons 2015 peut-il être finalement autre chose qu’un projet « commercial », qu’un produit marketing ?

Mons 2015 pourrait-il devenir un vrai projet d’avenir, bien au-delà de 2015, pour ses enfants créateurs ?

Hugues Chamart
Metteur en scène
Diplômé de l’IAD, Institut des Arts de Diffusion/Section théâtre, en 97.
Membre Smart Be

(Mons, le 29 octobre 2009)

Lettre ouverte diffusée largement

Que vous soyez artiste ou non, si vous approuvez cette lettre ouverte et que vous souhaitez y apporter votre soutien moral, vous pouvez le faire :

en vous faisant membre du groupe « Mons 2015. Non à l’instrumentalisation des artistes montois et hennuyers » sur facebook.

Libre à vous également de transférer ce texte à vos contacts.

Hugues Chamart

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Hugues Chamart

posté le 22/05/2010 à 11h18 - Signaler un abus

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Chris E-Magin